Comment éviter les débordements de colère intempestifs? Comment canaliser sa colère pour la rendre créatrice? Comment empêcher sa colère de devenir destructrice? Quelles sont les sources les plus courantes de la violence? Quel est le rôle de la violence impersonnelle à laquelle nous sommes exposés quotidiennement dans les médias?
Introduction
Contrairement à une opinion populaire, la colère intense ne conduit pas nécessairement à la violence. C'est seulement chez les personnes déjà prédisposées à la violence qu'une forte colère débouche ainsi. Il faut d'autres facteurs que la colère elle-même pour expliquer l'action brutale même si, chez le violent, c'est souvent la colère qui sert de déclencheur.
À force d'associer l'agressivité à la violence, on en vient souvent à vouloir réprimer l'expression de la colère elle-même. Mais cette direction conduit directement à une impasse et à des conséquences néfastes qui ressemblent étrangement celles qu'on voudrait éviter: plus de violence destructrice.
Il est impossible de faire disparaître la colère; elle fait partie du répertoire fondamental de la vie émotionnelle. Il s'agit d'une émotion normale qui, comme toutes les émotions, est saine en elle-même. Comme les autres émotions, elle est même nécessaire aux processus adaptatifs qui permettent de conduire notre vie et nos rapports avec les autres.
On verra dans cet article que ce n'est pas refoulant sa colère que l'on évite les débordements intempestifs, mais bien en la vivant à fond, quelle qu'en soit l'intensité. Plus précisément, on verra que c'est en canalisant sa colère qu'on la rend créatrice et qu'on l'empêche de devenir destructrice. Enfin, je tenterai d'identifier les sources les plus courantes de la violence et de cerner le rôle de la violence impersonnelle à laquelle nous sommes exposés quotidiennement dans les médias.
A- La colère canalisée
1- Deux versions du même problème
Je cherche à extraire non nouvel ordinateur de sa boîte mais l'empaquetage est serré et c'est difficile. J'arrive à peine à le faire bouger. À répétition, le carton se referme sur mes mains. L'irritation me gagne petit à petit. Mécontente je remue brusquement la boîte, ce qui n'arrange rien: ça semble coincé. La moutarde me monte au nez.
Je lâche un hurlement de colère tout en empoignant le récalcitrant avec une plus grande fermeté. Je tiens résolument la boîte entre mes jambes et tire avec force. Il sort! C'est pas trop tôt, m'écris-je avec humeur, mais quand même satisfaite d'avoir réussi. Entre temps le chat s'est caché sous le lit et mon plus jeune enfant s'est mis à pleurer. Il n'est pas habitué de m'entendre crier ainsi mais tant pis, ça m'a fait du bien!
Cette colère était intense et exprimée avec toute son intensité. La même situation aurait pu déboucher autrement et avoir des conséquences très différentes. Voici un deuxième scénario.
Je lâche un hurlement de colère et me mets à donner des coups de pieds sur la boîte. Cela ne donne rien et me satisfait pas; j'empoigne alors la boîte et la lance de toutes mes forces à l'autre bout de la pièce! Je continue à vociférer contre le fabricant qui devrait être puni pour avoir fait de pareils emballages et contre le vendeur qui aurait dû retirer lui-même l'ordinateur de sa boîte. Le chat est disparu et les enfants sont immobiles et silencieux dans le coin.
2- Comment se servir adéquatement de la colère
Dans ces exemples la colère est apparue comme une réaction normale lorsque j'ai rencontré un obstacle important à l'atteinte de mon objectif et elle a augmenté à l'apparition de chaque nouvelle barrière. C'est toujours source d'une colère réelle: celle-ci est la réaction normale devant ce qui s'oppose à ma satisfaction. (Voir "Agressivité et affirmation" dans "Les émotions source de vie". Voir aussi la fiche analytique sur la colère dans "La puissance des émotions".)
Toutes les émotions qu'on appelle "négatives", servent à nous indiquer qu'un de nos besoins est en souffrance. La colère est porteuse d'un message plus spécifique: elle est déclenchée par le fait qu'il y a un obstacle. Quelqu'un ou quelque chose s'oppose à notre satisfaction.
Dans l'exemple présenté plus haut, j'éprouve de la difficulté à retirer l'ordinateur de sa boîte. Devant cet empêchement, une énergie proportionnelle à ma frustration est automatiquement créée dans mon organisme. Cette énergie agressive est une ressource utile: elle me fournit des ressources nécessaires pour m'aider à résoudre le problème. Pour m'en servir adéquatement, il me reste à canaliser cette énergie dans la résolution du problème. C'est ce que je fais dans le premier scénario de l'exemple.
Cette façon d'utiliser ma colère est la seule manière d'être entièrement satisfaite. Il s'agit essentiellement de me servir de l'information fournie par mon émotion pour me guider et d'utiliser l'énergie contenue dans ma colère pour rechercher activement la satisfaction désirée.
Ce n'est pas ce qui se passe dans le deuxième scénario. Celui-ci constitue au contraire un excellent exemple de mauvaise gestion de la colère. Même s'il est beaucoup moins grave, mon geste destructeur s'apparente à celui du conjoint enragé qui assassine la femme qui ne l'aime plus. Au lieu de consacrer l'énergie de sa frustration à la reconquérir, à changer en lui-même ce qu'elle ne supporte plus, il détruit l'objet de son désir. L'inefficacité de son geste est évidente: non seulement le prive-t-il irrémédiablement de ce qu'il voulait, mais en plus il l'entraîne dans un immense pétrin.
J'ai présenté ces deux exemples pour faire voir que la colère n'aboutit pas nécessairement à un geste inapproprié ou à un acte de violence. L'action sur laquelle débouche la colère dépend de plusieurs facteurs. Voyons ce qui peut expliquer que la colère soit explosive plutôt que canalisée.
B- L'explosion de colère
La colère éclatée est l'inverse de la colère canalisée; soit qu'elle reste sans cible, soit qu'elle vise une mauvaise cible. On peut penser, par exemple, à la personne qui tempête contre tout et tout le monde ou à celle qui se soulage sur un bouc-émissaire. On peut évoquer aussi celle explose pour se soulager, sans se soucier des conséquences. Il est évident que ces manifestations de colère ne peuvent déboucher sur la satisfaction que par accident.
Plusieurs facteurs peuvent conduire à une explosion de colère. En voici trois que nous observons fréquemment.
.......................